À la fin des années 90, j’ai eu la chance de découvrir le shiatsu lors d’un stage avec Nakahashi sensei.
À l’époque, je pratiquais les arts martiaux avec une certaine idée de l’efficacité, du combat, de la technique juste et décisive. Je sortais de l’équipe de France kumite. Je me souviens encore très bien d’une phrase de Nakahashi sensei qui m’avait marqué. Il nous disait, de mémoire, qu’au dojo, nous apprenions à “casser” l’autre, mais que nous devions aussi savoir le réparer. Sur le moment, cette idée m’avait interpellé. Avec le temps, elle a pris une profondeur toute particulière.

Dans les arts martiaux, nous développons des compétences pour nous défendre, pour neutraliser une attaque, pour protéger notre intégrité ou celle des autres. Mais cette logique martiale ne devrait jamais être dissociée d’une responsabilité humaine. Savoir agir sur le corps implique aussi de savoir en prendre soin. C’est là que le shiatsu prend, à mes yeux, toute sa valeur.
Le shiatsu n’est pas qu’une technique de pression ou simplement une méthode de bien-être. C’est une approche de l’écoute, du toucher, de l’attention portée à l’autre.
Avec les années, je me rends compte que cette pratique m’a peut-être davantage accompagné dans ma vie quotidienne que certaines compétences de combat. Non pas parce que ces dernières seraient inutiles, mais parce que les occasions de se défendre sont rares, alors que les occasions de soulager, d’aider, d’apaiser son entourage sont nombreuses.
Aujourd’hui, je constate que j’utilise bien plus volontiers ce que le shiatsu m’a apporté pour aider mes proches, accompagner une douleur, relâcher une tension ou simplement offrir un moment de présence, que mes capacités martiales pour faire face à une agression. Cela ne retire rien à la valeur de la pratique combattante, bien au contraire. Mais cela remet peut-être les choses en perspective.
Au fond, cette phrase entendue il y a plus de vingt ans résonne encore en moi. Apprendre à “casser” peut relever de la nécessité. Apprendre à réparer relève sans doute de l’essentiel. Et entre les deux, il y a toute une réflexion sur ce que signifie vraiment pratiquer un art martial.






